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Benoît dans la catégorie
Maintenant ! le
6/07/2010 |
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Il est sage d’avoir sans cesse en mémoire que le mot « Autorité » vient du mot « Auteur » ( sans « H » ! ) celui qui a des idées, des opinions auxquelles on se réfère. « Auteur, ouvrage dont les opinions sont admises par le plus grand nombre : C’est une autorité en matière de droit civil ». Larousse 2006.
Le mot auteur vient lui-même de « auctor », littéralement « celui qui fait pousser ».
De son côté, pouvoir trouve sa naissance dans la racine « pot » – la capacité de faire, la puissance donc – dont les branches se sont étirées depuis la potence, la potentialité jusqu’à la puissance et le pouvoir…
Tous ceux qui confondent autorité et pouvoir devraient avoir en tête que leur prétendu ou réel pouvoir ne s’exerce légitimement que pour « faire pousser ».
Funestes liens qui font nager dans les mêmes eaux l’opinion, la croissance et la potence.
* * *
Depuis que l’économie industrielle s’est créée, le pouvoir était détenu par la possession de l’entreprise.
Celui qui l’avait créée, en avait hérité ou l’avait rachetée la dirigeait.
Par extension, celui qui profitait d’une délégation de pouvoir de celui qui détenait le capital la dirigeait.
L’équation – détention du capital = pouvoir – était simple.
Il y avait du bon lorsque le talent, le risque, l’énergie d’entreprendre et de développer était liés au pouvoir de faire : le pouvoir pour.
L’autorité avait du sens, puisqu’elle faisait pousser de la valeur.
Il y avait du moins bon lorsque la naissance, le parachutage par rachat, l’énergie de profiter était liés au pouvoir de rentabiliser, d’exploiter : le pouvoir sur.
Le pouvoir était réel et souvent contesté puisqu’il permettait l’exploitation.
Les modèles alternatifs expérimentés à plus ou moins grande échelle n’ont pas réussi à prouver leur efficacité ni en création de valeur, ni en épanouissement des hommes.
* * *
Depuis une quinzaine d’années, la prise de pouvoir sur les entreprises par les financiers, les seides des fonds de pensions, a sensiblement changé la donne et éclairé de manière plus visible cette question.
Aujourd’hui, au cœur d’une crise qui n’est pas que financière, mais qui nous fait regarder ces agents de l’argent avec tant de prudence voire de défiance, la question de l’autorité est fortement posée.
Qui es-tu pour me diriger ?
Au nom de quoi me conduis-tu ?
Sur quoi se fonde l’autorité sur l’entreprise et sur les collaborateurs de l’entreprise ?
Sur la puissance de l’argent, dont on constate qu’il n’est pas si puissant ?
Sur les délégations successives depuis un fond de pension qui ignore jusqu’à l’existence de l’entreprise dont il possède une part ?
En quoi un financier saurait-il donner une direction autre que celle du profit ?
Face à leur savoir de tableaux Excel, de ratios BCG et de schémas Mac Kinsey, je pensais souvent à Corneille :
Mon entreprise est sûre et sa perte infaillible.
Tous les indicateurs d’opinion des salariés montrent que désormais la seule réelle autorité vient du sens.
Je crois et je suis prêt à suivre celui qui est capable de donner du sens à l’entreprise et de me permettre de donner du sens à mon travail dans cette entreprise.
Je ne crois plus, je n’écoute plus, et je ne veux plus suivre plus celui qui n’est là que par délégation de pouvoir, sans réelle autorité.
Avec le créateur de sens, je m’engage, je m’implique, je m’enthousiasme, je contribue, je suis moi-même créateur de valeur.
Avec l’autre, je me désengage, et je passe un contrat avec moi-même : pour ce salaire, je suis prêt à donner ce temps, ce labeur, mais en aucun cas une implication personnelle.
Nous sommes devant une destruction rapide de l’entreprise d’un côté,
et une réserve de valeur inestimable et inépuisable de l’autre.
Sommes-nous assez fou pour l’ignorer ?